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Poisson dans l'herbe

ou les reflets argentés d'un poisson sur la rive...

Poudre aux yeux ?

Publié le 28 Novembre 2013

La synchronicité me fascine… Je reprends ce blog, après une longue interruption, que je vais t’expliquer. Et en relisant mes dernières lignes, juste pour faire le lien, je tombe sur cette expression « poudre aux yeux »… Et… tu vas comprendre…

Grosse interruption, où j’ai abandonné ton bouquin sur ma table de chevet. Parce qu’une météorite est tombée sur ma vie. La dernière fois que je t’ai écrit, ça devait être après le 20 septembre. Et le 28, un samedi soir entre deux eaux, j’ai enfin mis dans ma chaine un CD qui trainait depuis des mois, encore emballé. La claque. Collée contre le mur. Renaud Hantson. Tu connais ? Je sais que tu l’as eu dans tes émissions, à une autre époque. Un artisan de la musique. Un vrai, un pur. Un blessé, forcément, aussi.

Parce qu’il a ravagé ma vie en quelques notes (mais je ne me plains pas !), je me suis payée le culot de le lui dire, sur ses pages personnelles. Je n’attendais rien, surtout pas de réponse, surtout pas celle qu’il m’a faite. Parce que je l’ai touché, et je ne me l’explique pas. Peu importe. J’ai continué à lui parler. Il a continué à me répondre. Jusqu’à me téléphoner. Et j’ai perdu pieds…

Il faut imaginer. Je suis une petite provinciale à qui on a patiemment appris à ne pas rêver trop haut. Paris, les artistes, les projecteurs, les gens à la télé, c’est un autre monde, c’est même une autre planète. Aucun contact n’est possible. Ca n’existe pas. De la foutaise. Et si j’ai des rêves, non pas de lumière, mais d’une certaine reconnaissance par l’écriture, je les tais soigneusement. Je ne suis pas de ce monde-là, ces rêves-là ne sont pas pour moi…

Sauf que la voix de Renaud Hantson dans le téléphone, je ne l’ai pas rêvée ! Je ne l’ai même pas demandée. J’étais terrorisée. Et je me suis sabotée. Incapable de rien lui dire. Partagée entre l’envie de fuir et celle de le garder en ligne, qu’il ne raccroche pas…

Il y avait le poids du passé. De ces 10 jours à l’écouter en boucle, à le lire sur son Facebook, et à avoir le coeur qi saigne pour lui. Et de ces 15 ans où je n’ai rien su de lui, un nom, un visage… Quinze années floues à ne pas vouloir savoir. A deviner que c’était trop. A me douter qu’un jour, je me renseignerai, quand même…

Alors après, quand il a raccroché, moi, j’ai carrément vrillé. Envahi ses pages personnelles jusqu’à l’écoeurement, sans doute. Et silence…

J’ai lu ses livres (dont le premier « Poudre aux yeux », tu comprends ?), acheté ses derniers albums… Suis allée le voir en concert, dans une soirée « hard rock » où je me sentais à la fois décalée et tellement bien. Les préjugés qui volent en éclat… Ce soir-là, j’aurais voulu aller lui parler. Je n’ai pas pu.

Et il y a quelques jours, un autre concert, à l’autre bout de la France. Et je pense au verre d’eau de la « panthère blanche ». Exactement. Les plus beaux moments, c’était avant ce concert… Pendant, aussi.

Concert solo, dans sa configuration « pop rock ». Et mis à part le fait qu’il chante divinement bien, j’ai la sensation qu’il marche en permanence sur les plates-bandes de ma mémoire. Dans ce qu’il y a de plus profond, de plus enfoui, et de plus précieux… Michel Berger lui manque réellement. France Gall est son amie. Et quand il chante Starmania, il me propulse dans ma chambre d’ado, là où je n’étais pas heureuse, mais où, accrochée à cet opéra-rock plutôt sombre, je survivais aux nuits d’insomnie.

Et je te passe les synchronicités… Sa date de naissance, qui en fait un bélier fonceur et sûrement caractériel (je ne fais pas d’astrologie, je suis née 20 ans moins deux jours après lui, et le bélier, c’est aussi moi…) Tout ce qui le rattache à Balavoine (dont on lui a rabattu les oreilles…), et à Berger, et à un certain monde qui a envahi depuis bien longtemps mon imaginaire. La façon dont il a « débarqué » dans ma vie, par l’intermédiaire d’un guitariste de génie, musicien de Sardou, mais aussi de Fiori ( !), et qui a composé pour lui deux musiques de son dernier album. Tu saisis ?

Et puis, et puis… Ses fragilités affectives qu’il partage, que je peux calquer sur celles d’un homme que j’ai bien connu et aimé, et jusqu’à des détails où personne ne me croirait. Sa façon d’être, plutôt rock’n’roll, qui me fait un bien fou. Parce que je suis comme ça, et je ne le savais pas. Petite fille sage nourrie à la variétoche de Maman… Et je découvre que j’aime ce qui est plus hard, et que ça me rapproche de mon père, qui, avec le temps, commence à assumer son propre côté rock. Est-ce que je pouvais m’attendre à ça ?

Renaud est batteur. Petite, si j’avais fait de la musique, j’aurais été au piano. Sans jamais dire que c’était la batterie qui m’attirait. Aujourd’hui, c’est une batterie qui a pris ma place dans ma chambre d’ado chez mes parents, celle de mon père…

La liste est longue. Jusqu’à ces nouvelles écrites il y a presque 15 ans, où il était un héros dont je ne savais rien. Et maintenant que j’en sais un peu plus, je relis dans ces histoires des parallèles troublants…

On trouve les signes que l’on veut, je sais…

Simplement, avec tout ça, à cause de tout ça, j’ai du mal à me taire.

Je l’aime. Je lui ai dis. Ce n’est pas assez.

Je serre les dents chaque fois que j’entends le « conte de fées » d’un écrivain. Qu’ont-ils de plus que moi, pour avoir réussi ?

Renaud m’a dit que je devrais songer à l’écriture. D’abord, c’est la première fois qu’on me le dit (pour cause, personne ne me lit !). Ensuite, parce que c’est lui… C’est violent… Il ne pouvait pas deviner… Qu’est-ce que je peux en faire ?

J’espère avoir fini ton livre pour samedi. Je viens te voir. J’espère pouvoir te demander une dédicace… Un instant, j’ai rêvé t’amener le dernier album d’Hantson, si ça pouvait te donner des idées… Mais j’ai un problème de commande, de délai… Et lui, que souhaite-t-il aujourd’hui ?

Parce que j’ai le sentiment d’avoir parlé à tort et à travers, parce que je m’en veux de mes sabotages, autant au téléphone que dernièrement, quand je l’ai vu, et plutôt fui que discuter après son concert, je veux me faire oublier. Me taire. Gérer l’ego, la timidité. Grandir un peu. Et apprendre la patience.

Un dernier mot. Pour toi. Merci encore…

Parce que je me trainais une vilaine bête qu’on appelle cafard hier soir, et que ton livre m’en a sauvé. Je voulais lire quelques pages, trois heures plus tard j’y étais encore.

Tes mots continuent de me faire grimper aux rideaux. Et je pense à ce qu’on dit sur la culture, comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale, je me dis que chez toi, le pot doit déborder…

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