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Poisson dans l'herbe

ou les reflets argentés d'un poisson sur la rive...

Comme un poisson dans l'herbe

Publié le 11 Août 2013

J’ai acheté Comme un poisson dans l’herbe (qui m’évoque un autre poisson, celui dans une cage, et peut-être que ça te parle aussi, je t’expliquerai…) quasiment le jour de sa sortie. Et puis, depuis, le temps qui passe, l’envie de prendre le temps…. Ton bouquin a fait le voyage avec moi pour la Fête de la Musique, à Marseille. Mais pas ouvert.

Et puis lundi dernier, enfin, quand même… J’ai lu dix lignes, et failli le faire voler dans la pièce, l’envoyer contre le mur ! C’est juste pas possible. Tu ne peux pas l’avoir écrit comme ça ! Tu te fous de qui ?

Attends… Je situe. J’ai trente ans. Célibataire. Un cortège d’hormones et d’horloge biologique à mes trousses. Des envies d’être mère que je gère comme je peux. Jusqu’aux kilos que je prends en trouvant ça joli…

Est-ce que tu peux te garder tes affres de grossesse littéraire, s’il te plait ? Ou tu le fais exprès, de toucher exactement là ?...

Tes mots, ceux qui décrivent des sensations que j’imagine, j’ose même pas les répéter…

Ah, et puis aussi… J’ai l’envie d’écrire un livre planqué au fond du ventre. 15 ans que je rêve.

Et puis… Un an que je fous en l’air mes repères, que j’essaie de me retrouver, de vivre plutôt que survivre…

Vraie grossesse, grossesse littéraire ou de soi-même… Purée, les « retrouvailles » commencent fort…

Bon, je reprends ton livre, et je continue… Quelques minutes plus tard (exactement, le temps qu’il faut pour aller de la page 7 à la page 11), ton livre manque à nouveau de valser à travers la pièce ! Je regarde le mur contre lequel je ne l’ai pas envoyé. Les larmes coulent, et malgré la violence qui m’habite à ce moment précis, je suis comme Sardou dans Les villes de grande solitude. « C’est vrai que je ne casse rien… » Le respect des livres aussi…

Je pleure. Non, je hurle (pas trop fort…) dans mon salon aux volets clos. Et les chats me regardent étrangement.

Quand j’ai refermé Les joyeux guérissent toujours, ton papa de cœur était à l’hôpital. Et depuis, je pense à lui. Cent fois, mille fois, je me suis demandée…. Avec la peur de savoir. Et puis, est-ce que ça me regardait ?

Alors voilà… « Mon papa est mort ». A des mois, des kilomètres, et des années lumière de ta vie, je pleure. Je pleure celui que tu aimes.

Tu es désarmant de sincérité. Comment tu peux ? Ecrire ça, et l’écrire comme ça ?

A toi qui veux laisser le plus de traces d’amour, à toi qui te contentes de l’amour de ceux-là… Je t’aime.

Après ça ? Je ne vais pas fermer ton livre et continuer tranquillement ma vie. Je te lis encore. J’encaisse. Le noir et le rose.

Une heure plus tard, je m’arrête. Je ne veux pas aller trop vite.

Pourquoi tout ce que tu dis me bouleverse autant ?

J’aime la façon que tu as d’écrire. Entre confidences murmurées et… Disons que j’aime aussi quand tu pars dans tous les coins. Ecrire sans rature.

Il y a un côté « je m’écoute parler » que je trouve complètement jouissif. Assumé. J’adore. J’en rêve !

Naturellement, si je me lâche, si je m’autorise, j’écris comme toi. Quitte à partir dans tous les sens. Quitte à ne pas toujours bien parler. J’aime les gros mots.

Le sommet de la poésie, pour moi, c’est Bigard et son lâcher de salopes (lâcher de bip, pour ne pas choquer d’oreilles sensibles… !)…

La vulgarité, ce sont ceux qui se croient intelligents, qui nous abreuvent d’idées prétendument intelligentes, avec si possible un regard supérieur et souvent outragé… J’aime l’intelligence dissimulée derrière les rires faciles, la culture cachée derrière les blagues à la limite du mauvais goût. Et alors ?

On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde… Je ne sais même plus qui je cite là, mais je suis persuadée que toi, tu le sais.

Je ne prétends surtout pas avoir ton talent. Ni même en avoir, je m’en fous complètement ! Simplement, te lire, c’est comme me prendre en pleine gueule, et à chaque mot, le miroir de ce que j’ai dans les tripes.

A un moment, faut que ça sorte… D’où ce blog. On me lira, ou pas. Toi, on te lit. On te signe juste sur ton nom. Même si tu n’es jamais sûr de trouver quelqu’un en face… Ton livre ne finira pas chez moi en cale-pied de ma table de nuit (qui en aurait pourtant bien besoin !), mais plutôt sur mon étagère IKEA (c’est véridique !), jusqu’à ce que je le prête… Et comme j’ai tellement envie de le diffuser, j’en viendrai peut-être à l’acheter en double, comme le précédent, pour le prêter deux fois ! Il y a des messages qu’il ne faut pas garder secret…

Je t’ai écrit l’an dernier, après avoir fermé Les joyeux guérissent toujours. Une semaine plus tard, j’avais une photo dédicacée dans ma boîte aux lettres. Service courrier au top, tu te fous pas du monde ! Merci ! Mais ça ne veut pas dire que ma lettre te soit parvenue. Ni reproche, ni amertume. J’ai conscience du courrier que tu dois recevoir (toi et d’autres), du travail que tu as, et du temps humain qui est le même pour toi que pour n’importe qui. Voilà. C’est ainsi.

J’espère un jour te voir en spectacle, et te voir à la sortie. Oser te dire un mot, ou juste un regard….

En attendant, quand ce blog aura quelques pages de plus, j’irai mettre l’adresse sur ton site. Bouteille à la mer…

Peut-être que tu te dis que je délire grave, entre mes quatre murs et mes chats, à voir en toi un miroir…

Je te fais grâce de mes souvenirs de petite fille, quand j’étais envoyée au lit le samedi soir, et que je continuais à suivre juste à l’oreille tes émissions. Je t’ai toujours aimé. Malgré tout ce que j’ai entendu, tout ce qu’on m’a dit.

Je ne me sens pas obligée d’être d’accord avec toi (même si je le suis souvent). Tu as tes avis, tes idées, tes raisons et tes torts. Tu parles trop, tu le sais, tu agaces. T’aurais pas dû dire ça, pas l’ouvrir là. Et puis t’aimes tout le monde…

Et merde, merde, merde ! Le bien que tu fais aux gens ! A ceux exactement pour qui tu fais de la télé !

A tous ceux qui confortablement assis dans leur canapé émettent des jugements faciles, j’ai envie de répondre que raison ou pas, tu as la sincérité de le faire, le courage de tes convictions, de tes doutes, l’envie presque encore intacte de partager… Dans un monde où à 20 ans, on ne croit plus en rien… Tu crois encore en l’humain, à l’humanité, et à l’amour.

Et que tous ceux que cette « guimauve » écoeure, qu’ils aillent se faire foutre !

On ne sauvera sûrement pas le monde, mais eux encore moins…

J’ai encore du mal à aller au fond des choses. Je sais exactement pourquoi je m’emballe là. Mais je n’ose encore pas le dire.

T’as deux fois mon âge (à quelque chose près, ne le prends pas mal !), alors je peux entendre que je me prends pour une autre, que je n’ai rien vu de la vie, et qu’on en reparlera dans 30 ans… M’enfin, dans 30 ans… Est-ce qu’on sait où on sera demain ? J’pourrais bien sortir de chez moi, et me prendre un piano à queue sur la tête ! (j’aime seulement l’image, parce qu’en vrai, c’est très improbable, j’pense pas qu’un de mes voisins ait un piano à queue, et encore moins qu’il le passe par la fenêtre !)

Pour continuer à me situer, je suis pharmacienne. Et j’aime mon métier.

Même si on m’a dit que j’aurais pu faire médecin, au lieu de faire 6 ans d’études pour vendre des boîtes. Venant de n’importe qui, ce genre de phrases ne me touche pas. Venant de qui c’est venu, j’ai du mal à digérer.

J’aime mon métier. Même si parfois, souvent, c’est difficile. Jouer les cerbères de la Sécu en déficit. S’écraser devant les médecins, même quand on aurait envie d’hurler qu’ils ont tort ! Devoir vendre des conneries pondues par les industriels, quand on connait par cœur les conseils de bon sens, qui ne coûtent rien, et sont sans danger…

Métier absurde. Le versant commençant nous contraint de vendre. Le versant santé nous pousse à refuser les ventes… Ce qui revient à scier la branche sur laquelle on est…

Et tout le monde s’en fout. Personne ne va pleurer sur le sort des pharmaciens. Que chacun dorme tranquille. Il y a eu des scandales avant le Mediator, il y en aura après. Parce que rien ne bouge. Que la formation des médecins est faite par les commerciaux des labos, et que les pharmaciens sont muselés… Vilains industriels ? C’est plus compliqué que ça… Si on ferme le robinet aux industries pharmaceutiques, il n’y aura plus de recherche. Sans bénéfice possible, plus de progrès ! Personne ne travaille pour la gloire ou le salut de son prochain (si, quelques uns, mais ils sont rares…) Bon, et alors ? La recherche n’a qu’à être publique ! Ok… Et l’argent, on le prend où ?!

Tout le monde râle, tout le temps, après tout. Mais qui a une solution ? Ton copain Hollande s’en prend plein la tête. Moi, je ne suis sûre que d’une chose, c’est que je ne voudrais pas de sa place.

Excuse-moi, je m’emballe encore… Pour garder vivant l’amour du métier, je repense souvent à une phrase dite par l’un de mes profs (que je ne supportais pas, ceci dit… pourtant, il avait une fragilité qui me touchait… mais tellement perché haut sur ses certitudes, tellement cassant et dévalorisant, et moi, tellement timide et mal dans ma peau…). « Considérez chaque patient comme si c’était votre mère… » Avec cette idée là, forcément, on ne fait plus tout à fait le même métier que certains discounteurs… Et on y laisse tous les jours un peu de soi. Mais qui a dit qu’il fallait arriver entier au bout du chemin ?

Et tu veux savoir LA raison qui m’a fait passer derrière le comptoir en blouse blanche ? La fibre du commerce, venue de mes grands-parents, et l’amour des papys et mamies que je rencontre tous les jours. J’aime leur contact, discuter avec eux… Un peu comme Drucker, finalement ! J’me marre !

L’amour, l’amour…

Toi, tu veux laisser des traces d’amour… Et moi, dans tes mots, je lis l’amour à toutes les lignes.

L’amour, tu le tartines façon grand-mère, trois centimètres de beurre, et la confiture qui dégouline… Ca tâche (et ça fait tâche, dira-t-on dans les milieux autorisés qui s’autorisent à penser… clin d’œil à Coluche, tu auras reconnu !) et ça se mange avec les doigts. Ca en fout plein la nappe, mais les grands-mères n’ont que de la tendresse dans les yeux… (mes grands-mères, en tout cas, étaient comme ça, et elles me manquent.)

Moi, j’en ai besoin. Y’a des moments où j’en crève. Tes hurlements à l’amour dans une montagne sans écho, ça me parle. Même si c’est une autre vie, d’autres raisons.

La solitude… Celle que tu partages, et qui brusquement, par la magie de tes pages, n‘existe plus…

J’ai lu le début de ton livre lundi, et j’ai pris sur la gueule des torrents d’amour, dont je n’ai pas envie de me relever. Merci…

Au moins une fois, et j’aimerais que tu le saches, tu as touché absolument juste.

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