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Poisson dans l'herbe

ou les reflets argentés d'un poisson sur la rive...

Encore un tour !

Publié le 19 Août 2013

J’ai pleuré jusqu’à 2 heures du matin. Terrorisée par le fait que mon ex soit gravement malade. J’en sais rien. Je ne veux pas le savoir. Mais si c’est vrai, c’est injuste… Ma meilleure amie (la seule au courant de toute l’histoire, et si elle ne sait pas encore pour ce blog, elle sera sans doute ma première lectrice, sauf si tu tombes par hasard dessus avant…) me demande combien de temps je vais encore me sentir responsable. Si c’est de l’amour ou de la culpabilité. Je ne réponds pas.

Quelles qu’étaient nos relations, quelque soit le mal qu’on s’est fait, il n’est pas un chien, et je ne suis pas une chienne. Je dois faire comme si ça ne me touchait pas, pour survivre, et je crève de me voir survivre comme ça. Si je suis une chienne, je voudrais qu’on me pique avant lui.

Ce matin, je lutte pour tenir tout ça à distance. J’ai perdu l’insouciance. Quelque chose de lourd flotte dans l’air. Mais je veux faire comme si…

Il faisait beau quand je me suis réveillée. Maintenant, il pleut. C’est mieux. Le soleil est parfois insolent.

Pour ne pas penser, j’ai pris ton livre. Une page, deux, trois… Je pourrais ne pas m’arrêter, de pas en sortir… Il ressemble à une corde de survie, à ne pas lâcher, même quand on boit la tasse… Le livre d’un homme vivant et debout. Qui me fait relativiser sur mes petits soucis.

C’est là que j’apprends que tu as fait un mélanome. Ma terreur, ma hantise, alimentée par les messages de prudence, et le calcul de mes facteurs de risque, comme ils disent.

Bon, mais a priori, tu es toujours là. Message subliminal ?

Ca me donne envie de m’excuser. De tout ce que j’ignore de toi.

Je suis tombée dans la marmite avec Les joyeux guérissent toujours, et je déguste Comme un poisson dans l’herbe. Point barre. D’autres livres de toi dorment sur mes étagères IKEA (je le fais exprès !), que je n’ai pas encore pris le temps d’ouvrir. Autant dire que je tombe de la dernière pluie. D’autant plus que je n’ouvre plus Voici, Gala ou Paris Match depuis la mort de Lady Di (acte militant, dérisoire, mais j’ai ma conscience). Ni même le programme télé depuis que je ne vis plus chez mes parents (5 ans, en gros).

Mais je crois qu’on sait qu’on aime les gens avant de les « connaitre », avant d’en avoir conscience même. Question de fréquences vibratoires…

Je t’aime depuis toujours. Depuis « Sébastien c’est fou », « Supers nanas », « Osons »… Mon drame intime de petite fille, c’était quand une émission de toi s’arrêtait. Drame silencieux. J’crois qu’on sait que je t’aime bien. Mais on n’a jamais su à quel point. Même moi… Et puis je t’ai perdu de vue, souvent. Ta trajectoire a suivi des méandres parfois incompréhensibles. Tes colères, et tout ce qu’on a dit sur toi. Des périodes où tu étais un indésirable. Des coups de génie, et des coups où je ne t’ai pas suivi. Aujourd’hui, je respecte et j’admire ce que tu as fait avec « De l’autre côté du miroir ». A l’époque, je t’ai zappé, franchement. C’était dérangeant. Je n’avais pas compris le respect que tu as mis dans l’aventure. La lumière qui change définitivement tout. On peut tout faire, tout oser, quand on y met la manière…

« Le grand bluff », magistral, surtout quand tu pièges ta Maman… Et plus récemment, ta schizophrénie de prisonnier enfermé à tort. Je n’ai pas lu le livre, mais j’ai pris une claque en regardant le reportage télé qui t’a suivi. Tu es allé très très loin… Aux limites de la folie. Très joli coup… Putain ! Cent fois j’ai voulu hurlé devant ma télé pour que tu arrêtes !

Je me demande souvent si les gens qui t’emmerdent se rendent compte… J’crois pas. J’crois qu’ils sont aveugles et sourds… Moi aussi je suis rancunière. Surtout quand ce n’est pas à moi qu’on fait du mal.

Toi, et cette partie de cache-cache qui dure depuis 30 ans. Qui est finie, parce que maintenant, je ne te lâche plus…

Il y en a eu d’autres.

Je me souviens, j’étais petite, sept ans peut-être, avoir vu Balavoine à la télé. Je l’ai trouvé canon. Génial. Exactement ce qui me faisait triper. Je me souviens avoir dit à ma mère :

« C’est qui ce chanteur ? Pourquoi on ne le voit plus ? »

Et ma mère m’a répondu qu’il était mort. Accident. Hélicoptère. Désert. Je ne sais plus ce qu’elle m’a dit exactement, mais je me rappelle cette sensation de le savoir déjà. Je savais qu’il s’était écrasé dans le désert. Je savais l’hélicoptère. Et ce que ça m’a fait mal.

Et je n’ai pas oublié cet instant là. C’est étrange. Et il m’est revenu de plus belle quand à treize ans, j’ai pris dans mes mains l’album de Balavoine que ma mère venait de recevoir. Je l’ai écouté. Je ne connaissais rien, et je connaissais tout. J’ai lu la mini bio en priant pour que par miracle, la fin inévitable soit brusquement changée… La suite, tu l’as connais déjà un peu.

J’en ai passé des étés dans les rues de Biarritz, ignorant qu’il dormait à quelques kilomètres de là. Ignorant l’importance qu’il aurait…

Et encore une histoire de boucle qui revient dans la gueule, effet boomerang garanti… Fiori. Un autre Patrick. La aussi les prénoms, je pourrais t’en faire une rubrique… Peut-être quand je te parlerai de Bruel !

Fiori est apparu en même temps que Notre-Dame-de-Paris. Mon frère était fan de la comédie musicale (tiens, Plamondon à la signature, flash-back sur Starmania… Pitié !). Moi, j’aimais bien. Mais la vie à cette époque était compliquée. Jacky Sardou venait de mourir, et je l’ai pleurée. Ma grand-mère était en train de partir, et le départ de la maman de Michel (Sardou, j’ai été biberonnée avec, lui aussi, je le suis, je le lâche, et j’y reviens par l’intermédiaire des musiciens de Fiori, mais tu vas finir par te perdre !) sonnait comme une répétition avant un deuil plus personnel. Cette année là, à chaque vacance scolaire, j’apprenais un décès. Jacky Sardou, ce fut pour Pâques. Pour les grandes vacances, j’attendais l’apothéose. Et ce fut ma grand-mère, le soir de mon dernier jour de collège.

Il fallait survivre. Préparer et passer le brevet (l’épreuve de français, de maths ou d’histoire-géo alors qu’à la même minute, on met ta grand-mère en terre… J’avais un cousin dans le même cas. On n’en a jamais parlé. Moi, j’ai compris bien plus tard ce que j’avais manqué en n’étant pas présente à ses obsèques…) Encaisser ce qu’il se passait à la maison, la perte des repères et les parents qui font ce qu’ils peuvent.

On était en 98. La France accueillait la Coupe du Monde de foot. Moi qui n’y connaissais rien, je me suis entichée d’un joueur, et servie de tous les matchs comme dérivatifs. Y’en a qui boivent ou se piquent… Moi, je regardais le foot. Quand le téléphone a sonné pour annoncer que ma grand-mère, c’était fini, je n’ai pas coupé le match. Regardé à travers mes larmes. Vu mon chouchou marquer un but. C’était pourtant un défenseur. Réussi à sourire…

Les jours après, j’ai pris un papier, un crayon, et j’ai passé mon temps entre les matchs et le « roman » de ces matchs. C’était l’anesthésie de la douleur. Il m’a fallu longtemps pour pouvoir enfin penser à ma grand-mère. Pendant des semaines, c’était juste intolérable. L’Equipe de France est allée au bout cette année-là. Et tu n’imagines pas le goût que ça a eu…

Donc, Fiori dans ce bazar là, c’était un peu de trop… Je ne le trouvais pas particulièrement agréable à regarder, et il chantait des fadaises. Mais bon sang, il dégageait un charme fou, et sa voix promettait tout… Je me souviens avoir murmuré « reste loin de moi, s’il te plait… »

Et je l’ai tenu à distance. Titillée quand même… Deux ans plus tard, je me suis faite offrir son album, par curiosité. Ecouté le soir de mon anniversaire, enfermée dans ma chambre. Pleuré comme seul avant lui Balavoine m’avait fait pleurer. Peu importe ce qu’il chante, il pourrait épeler le bottin, il a tellement d’émotion à fleur de voix. Et certaines de ses chansons ont fait mouche. Echo à mes errances adolescentes.

Je l’ai accepté. En gardant une distance de sécurité. Ne pas s’emballer. On peut apprécier, être touchée, sans pour autant y dédier sa vie…

Je croyais… Quelques années plus tard, à la fin d’une année cauchemardesque, ma meilleure amie m’a emmenée le voir en concert. Comme ça. Parce que je lui avais parlé de lui, en des termes qui lui avaient fait comprendre qu’il se passait quelque chose. Et qu’elle avait envie de savoir qui il était. Moi, je ne me rappelle même pas en avoir parlé.

Bref. La scène. Petite salle, concert privé. Et le choc. Collée à mon siège, scotchée par terre… La seconde précise où tu sais que plus rien ne sera pareil. Que les remparts de sécurité ont tous volé en éclats. Terminé, tout le monde descend… J’étais mordue. Harponnée, hameçonnée… Ma copine aussi. C’est le joli de l’histoire. On partageait déjà Bibo, on a partagé Fiori…

D’autres albums, d’autres concerts… De très beaux moments. Partagés aussi avec les enfants de ma copine. Fiori fait partie de la « famille », et il ne le sait pas.

Des hasards aussi, qui font que je connais des gens qui le connaissent, pour de vrai. Des hasards qui rendent dingues et dont on ne peut rien faire…

D’anniversaire en anniversaire, j’ai fêté mes trente ans un soir où il était sur scène. Et il m’a fait quelques cadeaux magnifiques, plus ou moins involontairement. D’abord en invitant Lenorman sur scène. Lenorman, c’en est un autre que ma mère a mis dans mon biberon… Quand je l’écoute, même des chansons que je ne connais pas, ça résonne dans mes cellules. Quelque chose d’imprimé. Ces sensations qui moulent le fœtus dans ses premiers jours de vie, à l’abri au fond des entrailles de la mère…. Parce que je sais maintenant que la vie est courte, je ne laisse plus passer une occasion de voir ceux qui comptent. J’avais ma place pour un concert de Lenorman. Et il a annulé. Alors… Alors que Fiori me l’apporte sur scène, en vrai, en chair et en os… Merci messieurs…

L’autre cadeau reste un mystère. Fiori avait annoncé un concert à Biarritz. Pour la symbolique de Balavoine, j’avais pris une place et un billet d’avion (Biarritz, de chez moi, c’est juste l’autre bout de la France). Et puis, il a déplacé la date. Et je n’ai pas pu allé. Et purée, ça n’a l’air de rien, mais j’en ai bavé. Alors j’ai écrit (tu commences à comprendre ? l’écriture comme palliatif, comme anxiolytique, comme sublimateur…). J’ai écrit ce concert comme je l’ai rêvé. Et une rencontre sur les traces de Balavoine. Et cette histoire, je lui ai envoyée. Et quelques temps plus tard, à la sortie d’un concert (un concert dans ma ville, pour une fois !) je la lui ai même redonnée, en main propre.

J’ignore s’il l’a lue. J’évite d’avoir des illusions. Mais le fait est qu’il a été chanter à Biarritz, et que quelques jours plus tard, sur scène, à la fin d’une de ses chansons, il a glissé quelque chose de Balavoine. Sans le citer. Sans en dire rien d’autres que ces quelques notes fredonnées, que j’ai reconnu d’instinct avant de comprendre. Mes larmes ont coulé… Je ne sais pas si j’ai rêvé, je ne sais pas ce que le public a compris ou entendu, je ne sais pas s’il l’a fait consciemment ou non, ni dans quel but. Il n’a pas réitéré les soirs suivants. Et je reste avec le souvenir de ce moment magique, pas tout à fait réel.

Ce soir de mes trente ans, je m’en souviendrai encore pour la chaleur de Rémy. Rémy, c’est un des musiciens de Fiori sur cette tournée (tournée où il a repris beaucoup de son album Chrysalide, le premier que j’ai eu dans les mains, et qui m’a tellement bouleversé… Dis t’as pas le tournis dans mes boucles infinies ?!)

Rémy, c’est une très belle histoire. Le soir où ils sont venus dans ma ville, il est entré par hasard dans la pharmacie où je travaille. Je te passe les détails. Mais il a été incroyablement gentil, disponible, chaleureux, généreux. Tiens, ça existe ?!

Alors, après, ce soir-là, de la scène, il m’a fait quelques clins d’œil amusés. C’était chouette. A la sortie, il est venu me dire un mot. Et c’est devenu presque une habitude.

Deux jours plus tard, autre concert. Et à la sortie, alors que je traine devant la salle, Fiori déjà parti, et moi trop timide pour m’approcher des musiciens encore là, Rémy vient me voir. Une bise, quelques mots, et à la prochaine.

Je crois rêver. Juste une rencontre d’humain à humain. Je ne suis pas sûre d’être complètement humaine…

Plus tard, autre coin de France, et Rémy, de la scène, me reconnait (j’habite les premiers rangs, c’est chronique !). Sourire. Ce soir-là, je n’aurais pas la possibilité de lui parler. Mais un regard compte tout autant.

Et enfin, le soir de mon anniversaire. J’attends patiemment devant le restaurant où ils mangent après le concert. Et quand Rémy sort, il vient me trouver. Bisous, mots gentils. Me signe l’autographe que j’ose enfin lui demander. Me brasse parce que je joue les timides, et m’entraine vers son pote le guitariste. A demain…

Demain, autre ville. Et la fin de concert magique. Les musiciens restent dans le hall avec les groupies fidèles. Disponibles, abordables, et heureux d’être là. Il s’est passé quelque chose sur cette tournée. Quelque chose d’intangible mais de grand. Rémy fait le tour, passe de groupes en groupes. Je ne revendique toujours rien, et c’est encore lui qui vient vers moi.

Enfin, dernier soir. Je pleure une heure dans le hall, seule, après le concert. Tournée the end. Et puis je rejoins la sortie des coulisses. Fiori s’en va, traversant comme il peut la petite marée humaine qui voudrait le garder. Mais il est gentil, prévenant. Certaines se battraient. Moi pas. Mais j’ai tellement besoin… Une seconde, je kidnappe ses doigts…

Puis il est parti. Et j’ai mal. Rémy et les autres arrivent. Je me jette dans ses bras. Cette fois-ci, c’est moi. Il me dit « ne pleure pas, tu le reverras ton Patrick… » Je ne réponds pas. A cette minute là, je me fous de Patrick. Bien sûr que je le reverrais. Je pleure la fin de cette jolie aventure… Rémy, seras-tu sur la prochaine tournée ? Ce n’est pas moi qui lui pose la question, et il répond qu’il signerait volontiers. Qu’il y a un joli public, et une belle ambiance…

A toi, ça risque de te parler, la vedette qui à la fin du concert fait monter sur scène le gars du merchandising… Je l’ai vu chez Fiori. J’ai vu une « famille ».

Merci Rémy pour tes bras… Des mois après, ils me tiennent encore chaud. Des mois après, ils me disent encore que je ne suis pas monstrueuse…

De toi aussi, je voudrais les bras. L’espace d’une seconde…

J’ai hésité à venir te voir à Rocamadour cet été. Une toute petite salle. Et ce que maintenant j’en lis dans ton bouquin… Mais sans voiture et seule, c’est un peu compliqué. Tu as l’air de persister là-bas. Alors qui sait l’an prochain ?

Tu vois, si tu te nourris des anonymes d’en bas, moi, je dois ma survie et quelques-uns de mes plus beaux souvenirs à mes « vedettes ».

De loin et en apparence, ça a un côté midinette de pacotille, attirée par les étoiles et les paillettes du show-biz… Sauf que… Ce sont les allées d’un cimetière de Biarritz que je hante. C’est Ajaccio que j’ai sillonné pendant des jours à pied, juste pour voir les paysages de Fiori. C’est Martel et Rocamadour que je cherche sur la carte.

Il y a surement des milliers de gens « normaux » et formidables autour de moi. Je le crois. Je veux bien. Je sais ce qui cloche.

Exactement la même chose que lorsque je t’écris. Je continue ce blog par promesse. Pour voir jusqu’où ça peut aller. Si je peux évoluer.

Je te raconte pas la déprime quand j’éteins l’ordi, quand je te lis. Ca me donne des envies de tout effacer, d’arrêter de perdre mon temps dans les mots. C’est minable. Bidon.

Et tu sais pourquoi ? Parce que j’ai encore trop de verrous, de tabous. Je t’écris, mais j’assume mal. J’en veux à tout le monde ne de pas me connaitre, mais je ne donne rien. J’reste dans ma coquille. Protégée.

Alors, t’écrire, étaler la confiture, c’est à la fois indécent, et ça ne va pas au bout.

Mais je suis curieuse de voir si au fil du temps, je saurais me libérer. Thérapie, un peu. A voir.

Pardon pour les maladresses.

Continue de me murmurer tes confidences…

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